Les placements ne s’apprennent pas à l’école.  Pourtant face à leur diversité et aux subtilités, on se trouve vite démuni. Voici les principes de base à connaitre !

Le royaume des placements se décline souvent sous forme de sigles : LDDS, LEP, CEL, PEL, PEA, PEA PME, Sicav, FCPI, OPCVM, FIP, FCPI, SCPI, OPCI… De quoi faire peur aux plus motivés. Haro sur les grandes leçons théoriques ! Regroupons les placements du marché en six familles. L’objectif ? Vous donner les cartes pour constituer votre jeu.

Les livrets bancaires : la famille Précaution

Ils peuvent être réglementés, comme le Livret A, le livret de développement durable et solidaire (LDDS) et le livret Jeunes. Ou ils peuvent être libres comme les livrets bancaires ordinaires.

Jusqu’à fin janvier 2020, le Compte Epargne Logement rapportera 0,50 %, le Livret A et le LDDS 0,75 % et le Livret d’épargne populaire 1,25 %. La plupart de ses produits affichent donc désormais un rendement nettement inférieur au niveau de l’inflation (1,8 % en moyenne en 2018, contre 1 % en 2017). S’il convient toujours d’avoir cette carte en main pour faire face à un coup dur, mieux vaut ne pas se limiter à ces seuls placements.

L’épargne logement : la famille Projets immobiliers

Elle se décline en deux versions. L’une très souple, le compte épargne logement (CEL), et l’autre plus contraignante avec des versements obligatoires tous les ans, le plan d’épargne logement (PEL). Clairement, ce dernier est dans la ligne de mire des autorités. Début 2018, le PEL a perdu sa prime d’Etat en cas d’emprunt et il est devenu taxable à l’impôt dès la première année. Bon à savoir : les anciens plans ne sont pas concernés ! De surcroît, leur rémunération fixée à l’origine est servie tout au long de leur vie. A vrai dire, eux seuls ont encore un intérêt patrimonial…

Les marchés financiers : la famille Plus

Ces placements peuvent être faits en direct, par exemple avec des actions de sociétés cotées, ou délégués à un professionnel dans un fonds (Sicav, Fcp). Plusieurs enveloppes fiscales peuvent les accueillir : un compte titre ordinaire, un plan d’épargne en actions (PEA) ou un PEA orienté vers les PME (PEA PME). Les marchés financiers offrent des perspectives de rendement plus élevées mais comportent des risques de perte en capital, ce n’est pas le cas de placements type livrets bancaires.

La part à leur consacrer dépend avant tout du profil de l’épargnant, bien plus que de la conjoncture ou des résultats passés ! La stratégie du rétroviseur se révèle toujours néfaste : quand les marchés ont progressé, les épargnants ont tendance à se ruer, achetant souvent trop cher, alors qu’après une baisse, comme en 2018, ils refusent souvent de s’engager, ratant des opportunités d’achat à bon compte.

Les petites entreprises non cotées : la famille Opportunités

Achat en direct et gestion déléguée sont envisageables mais, cette fois, les noms changent. Il est ainsi possible d’opter pour des fonds d’investissement de proximité (FIP) ou des fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI). C’est le placement le plus risqué de tous. A utiliser de préférence lors que l’on a déjà la plupart des autres cartes en main.

La pierre-papier : la famille Rendement

S’il y a toujours quatre murs, l’immobilier peut aussi prendre la forme d’un placement financier. Avec deux outils : les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) et les organismes collectifs de placement immobilier (OPCI). Leur point commun : ils privilégient le plus souvent l’immobilier d’entreprise (bureaux, entrepôts, murs de magasins, établissements de santé…) et non les logements. Idéal pour diversifier son patrimoine immobilier ou chercher des revenus complémentaires.

L’assurance vie : la famille Couteau suisse

C’est à la fois une assurance, avec versement du capital en compte aux bénéficiaires en cas de décès, et un produit à la fiscalité très avantageuse, aussi bien sur les gains réalisés durant la vie du produit que sur la transmission en cas de disparition de l’assuré. L’assurance vie doit avant tout son succès au fonds en euros, où les intérêts annuels sont définitivement acquis au profit du client.

A noter : leurs rendements continuent leur érosion et en 2018, seuls les contrats de qualité ont affiché un rendement égal ou supérieur à l’inflation moyenne (1,8 %). D’où l’intérêt aujourd’hui de diversifier vers d’autres supports, comme la pierre papier ou les marchés financiers, en fonction de l’offre proposée par son assureur ou sa mutuelle.

L’épargne solidaire : vous y avez pensé ?

De plus en plus, notre société s’engage dans un développement plus juste. Côté alimentation, par exemple, se développent les circuits courts : ils sécurisent à la fois une traçabilité accrue, mais aussi une meilleure rémunération des producteurs.  Dans l’univers des placements, de nombreux consommateurs font aussi bouger les lignes : ils privilégient une épargne solidaire. C’est-à-dire une épargne qui partage les revenus avec des associations ou bien investit dans des structures attentives au développement de l’emploi ou à la réinsertion professionnelle, par exemple.

Si vous êtes sensible à cet aspect, deux familles sont à bannir : l’épargne logement et la pierre papier. Elles ne se conjuguent pas en mode solidaire. En revanche, les formules solidaires sont répandues du côté des livrets. Attention toutefois, tant que le gouvernement n’a pas publié un décret, tous les LDDS ne sont pas obligatoirement solidaires ! Pensez donc à vérifier. Vous pourrez aussi trouver des produits solidaires sur les marchés financiers et, en cherchant un peu, en assurance-vie. Ils sont encore plus rares sur le non coté, mais il en existe pourtant…

Jean-François Filliatre
Directeur éditorial Marchés Gagnants. Chroniqueur BFM Business