Voilà bientôt trente ans que le sujet fait régulièrement la une des journaux : l’avenir des retraites. En 1991, Michel Rocard, alors premier ministre, préfaçait un livre blanc des retraites. Depuis, les réformes se sont succédées et continuent de le faire. En 2018, le gouvernement a proposé une nouvelle réforme de l’épargne retraite avec la loi Pacte et l’année prochaine devrait être marquée par une réforme des régimes de retraites.

A force d’entendre parler du problème, les Français s’en soucient pour leur cas particulier. Pour faire les bons choix, encore faut-il se poser les bonnes questions…

Gagner autant à la retraite, un doux rêve !

Quelle ambition avoir ? Pour les économistes, le taux de remplacement est le critère de base. Comme s’il s’agissait de gagner autant à la retraite que durant sa vie active ! Avec une telle ambition, vous risquez de vivre vos vieux jours dans la déception. D’autant que les montants à mettre de côté peuvent se révéler colossaux. Avec un capital de 100 000 euros, vous obtiendrez une rente viagère inférieure à 4 000 euros par an. Et encore sans réversion au profit du conjoint survivant

Premier bon réflexe à avoir : adoptez très tôt une habitude d’épargne. Et pour rendre l’exercice le plus indolore possible, privilégiez les versements réguliers.

Bien vivre sans s’appauvrir, voilà l’idée

Être capable de financer ses dépenses à la retraite est, en revanche, une ambition plus raisonnable. Pour les économistes adeptes de la théorie des cycles de vie, la réponse est évidente : les particuliers accumulent de l’épargne durant leur vie professionnelle, puis ils la consomment durant la période suivante. Problème : au lieu de manger leur capital, les Français aimeraient plutôt le conserver pour le transmettre…

Mais de combien aurez-vous besoin pour vivre ? Evidemment, tout dépend du profil de chacun. Le COR, Conseil d’Orientation des Retraites, s’est toutefois livré à un calcul savant pour en avoir une idée. Bilan : la consommation affiche un pic à 45-50 ans, puis baisse légèrement jusqu’à 60-64 ans. La chute est ensuite plus sévère : à 80 ans, la consommation est presque 30 % moins élevée qu’à 45 ans.

La résidence principale, solution et problème à la fois

Pour arriver à ses chiffres, les économistes ont gommé les effets liés à l’âge, mais aussi à la génération. Car nous ne consommons pas comme nos parents qui, eux-mêmes, n’avait pas les mêmes habitudes que nos grands-parents… Mais des constantes demeurent. Avec une forte baisse des dépenses de transport, d’habillement, d’ameublement, de loisirs…. En revanche, la hausse est élevée sur les services à domicile et, dans une moindre mesure, sur les communications. Les coûts liés au logement sont, eux, globalement stables.

Deuxième bon réflexe à adopter : soyez propriétaire à l’âge de la retraite pour limiter vos charges. L’efficacité maximale serait aussi de changer de logement une fois les enfants partis pour limiter les dépenses. Mais problème, les Français ont du mal à s’y résoudre.

Troisième bon réflexe : privilégier les solutions d’épargne financière souple avec liberté du terme, et liberté de choix entre capital et rente. Comme l’assurance vie. Pourquoi ? Parce qu’en réalité, il y a plus d’inconnues que d’équation. Quelle crédibilité pour des réformes dont on ne voit jamais la fin ? Quelle consommation pour les seniors de demain ? Nous avons des idées certes, mais aucune certitude. Or, quel serait l’intérêt de percevoir une rente viagère trop importante par rapport à son niveau de vie ? Payer des impôts au fisc et des frais à son banquier pour pouvoir replacer son argent ? C’est ce que font aujourd’hui nombre de retraités.

La diversification, une valeur d’avenir

Impossible désormais d’éluder un autre sujet : le choix des supports à privilégier. Longtemps, le fonds en euros a été incontournable. Son rendement, supérieur à l’inflation, permettait d’augmenter le pouvoir d’achat des épargnants. Et, de fait, de limiter leur effort. Comme le bas niveau des taux d’intérêt permet de solvabiliser les emprunteurs. Bref, il existait une solution simple est efficace. La baisse durable des taux de rendement et la perspective d’une légère remontée de l’inflation changent fondamentalement la donne.

Quatrième bon réflexe : il faut aujourd’hui penser à diversifier ses investissements et à ne plus se limiter au seul fonds en euros.
L’argument vaut durant la phase d’épargne, mais aussi à la retraite si le choix est fait de vivre sur son capital. Car à 65 ans, l’espérance de vie avoisine les vingt ans.

Voilà bientôt près de trente ans que le sujet des retraites fait la une des journaux. Chacun d’entre nous peut toutefois résoudre son problème en adoptant ces réflexes simples. A l’heure où il est de bon ton de parler « épargne retraite », le bon sens nous recommande simplement de mettre de l’argent de côté et de s’en occuper. Bref, de gérer notre patrimoine.

Jean-François Filliatre
Chroniqueur BFM Business