Dans leur très grande majorité, les salariés français ne semblent pas prêts à travailler plus longtemps même s’ils sont pénalisés à la retraite. Selon les projections des services techniques des régimes complémentaires Arrco (pour les non cadres et les cadres) et Agirc (pour les seuls cadres) diffusées le 19 février 2016, 95% d’entre eux devraient décider de partir à l’âge légal de départ à la retraite (62 ans à partir de 2017), en dépit du futur abattement temporaire appliqué sur les pensions complémentaires.

Pour réduire le déficit cumulé des deux régimes qui devrait atteindre 8,4 milliards d’euros en 2020, les partenaires sociaux, gestionnaires de l’Arrco et de l’Agirc, ont signé le 30 octobre 2015 un accord instaurant une décote de 10% durant trois ans pour les salariés nés à partir de 1957 et qui liquident leurs retraite à l’âge légal à compter de 2019 en disposant de tous leurs trimestres au régime de base. Ce « malus » sera supprimé si l’assuré cotise 4 trimestres de plus. C’est-à-dire s’il accepte de prendre sa retraite à 63 ans et non à 62 ans.

Les « bonus » pas incitatifs

Cette « carotte » est mal partie pour fonctionner. Seulement 2% des affiliés à l’Arrco et 1,6% des affiliés à l’Agirc pourraient décaler leur départ d’un an. 94% des non cadres et même 95,2% des cadres préfèreraient partir à 62 ans en subissant l’abattement de 10% sur leurs pensions complémentaires durant trois ans, toujours d’après les services techniques de l’Agirc-Arrco.

Les « coefficients majorants », mis en place par l’accord paritaire, ne devraient pas avoir plus de succès. Ces « bonus », qui viendront majorer les retraites complémentaires durant un an de 10% si le salarié cotise 8 trimestres (2 ans) supplémentaires, de 20% avec 12 trimestres (3 ans) supplémentaires et de 30% avec 16 trimestres (4 ans) supplémentaires, seraient adoptés par à peine 0,7% des affiliés de l’Arrco et 0,5% des affiliés de l’Agirc.