Le choix d’un placement s’effectue d’ordinaire après avoir défini ses objectifs d’épargnant. Un livret sera ainsi plus conseillé s’il s’agit de garder au chaud un pécule dans l’attente d’un investissement immobilier à brève échéance, tandis qu’une assurance vie sera plus adaptée pour se constituer un capital. Quant un choix est offert à la sortie, la même logique devrait s’appliquer.

Et autant dire, si tel était le cas, cet article serait vite terminé. Besoin de revenus complémentaires ? S’il est ponctuel, la solution des retraits partiels mérite d’être privilégiée. A contrario, si le besoin est définitif, la meilleure solution porte un nom : la rente viagère. Avec cette formule, un assureur ou une mutuelle vous garantit des revenus jusqu’à la fin de vos jours. Y compris si vous décidez de battre le record du monde de longévité !

Les Français allergiques à la rente viagère

Mais la rente viagère, aujourd’hui, les Français ne veulent pas en entendre parler. Interrogés dans un sondage début  2018 sur leur préférence à la sortie sur un produit d’épargne retraite, ils ont plébiscité le capital (77 %), et la possibilité de piocher dedans, à la rente viagère.

D’innombrables raisons peuvent justifier ce choix. La bourse ou la vie ? Privilégier la rente, c’est prendre la vie. La garantie de revenus à vie. Mais c’est aussi abandonner la bourse. Dans le jargon, les professionnels parlent d’aliénation du capital. Les Français, très soucieux de transmettre leur capital, ne sont pas fous…

Face à cette contrainte, les retraits partiels – programmés ou non – ont l’atout de la souplesse. En cas de décès avant l’heure, le capital en compte reste transmis aux bénéficiaires désignés sur l’assurance vie. Autre point fort : il est possible de les moduler aux besoins réels. A la retraite, le train de vie a en effet tendance à être stable au début, à chuter par la suite avant de partir à la hausse en cas de dépendance.

Les retraits partiels moins fiscalisés

Et puis, il y a la fiscalité. Impossible certes d’échapper aux prélèvements sociaux sur les gains (17,2 % en 2018). Mais si le contrat a plus de 8 ans, les retraits partiels bénéficient de l’abattement de 4 600 euros pour un célibataire et 9 200 euros pour un couple sur l’impôt sur le revenu. Des chiffres qui correspondent au montant des seuls intérêts, et non des retraits ! Exemple : vous placez 100 000 euros pendant dix ans sur un profilé équilibré et obtenez un rendement moyen de 4 % l’an. Au bout de la décennie, votre capital avoisine 150 000 euros.  En pratique, il se compose donc de deux tiers de capital et d’un tiers d’intérêt. Si vous retirez 12 000 euros – soit 1 000 euros par mois – le retrait se compose peu ou prou de 8 000 euros de capital et 4 000 d’intérêts. Célibataire ou mariés, vous êtes en dessous du seuil de l’abattement, donc exonérés.

La rente viagère, elle, est soumise à l’impôt. En assurance vie, la taxation porte certes sur une partie de son montant seulement. Celle-ci est variable selon l’âge du rentier lors du choix de cette formule : 40 % entre 60 et 69 ans, par exemple, ou 30 % au-delà de 70 ans. Mais point d’exonération -sauf à être non imposable ! A noter, la rente obtenue à la sortie d’un plan d’épargne retraite populaire suit, elle, une autre règle. Une taxation à l’impôt sur le revenu, comme l’autre rente viagère obtenue par tous les Français : la retraite par répartition…

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Retraits partiels : le choix des français

Avec cohérence, les Français ont choisi leur camp : piocher dans leur capital via des retraits partiels, histoire de le conserver pour le transmettre. Seuls certains éléments pourraient, à terme, les faire changer d’avis. Une plus grande souplesse des rentes viagères, avec une aliénation limitée du capital, un changement de fiscalité… A moins que la dégradation des régimes de protection sociale nous ramène au début de notre histoire.

Jean-François Filliatre
Directeur éditorial Marchés Gagnants.
Chroniqueur BFM Business