Comment crée-t-on un organisme de formation spécialisé dans les métiers du numérique quand on n’a pas un passé de formateur ou d’informaticien ?

Erwan Kezzar : En 2008, nous avons créé une agence web sans être ni informaticien ni ingénieur. Déjà, il était possible de s’auto-former sur la Toile mais l’exercice se révélait très chronophage. Simplon.co visait donc à fournir des formations facilement accessibles et gratuites.

Où est la solidarité dans la création d’un organisme de formation ?

Erwan Kezzar : Elle est déjà dans la cible visée. Les fondateurs sont d’origine modeste et ont reçu des coups de main pour réussir. Nous avons donc voulu renvoyer l’ascenseur. Les formations d’une durée de six mois s’adressent ainsi à des personnes en précarité, loin de l’emploi. De surcroît, elles sont gratuites. Enfin, nous avons voulu nous focaliser sur des métiers en tension, comme le développement web. Avec l’ambition de permettre une réelle insertion dans la vie professionnelle.

Comment pouvez-vous gagner de l’argent, pour durer, avec des formations gratuites ?

Erwan Kezzar : Nous n’avons pas tardé à faire un constat en plaisantant : à l’origine, nous étions plutôt une entreprise sociale et… suicidaire. Pour être une vraie entreprise sociale et solidaire, nous avons fait bouger les lignes ! Et aujourd’hui, nous avons 25 implantations en France, en Europe et en Afrique, et 46 salariés.

Comment fonctionne Simplon.co trois ans après sa création ?

Erwan Kezzar : La formation de personnes en difficulté reste le cœur du dispositif. A ce jour, plus de 500 personnes ont été formées chez nous. D’autres éléments générateurs de recettes ont été ajoutés. D’abord, des prestations et partenariats, par exemple avec des entreprises. Nous travaillons avec la MAIF sur le thème du numérique et de la sensibilisation des plus jeunes. Apprendre à programmer pour ne pas être programmé ! Comment protéger ses données numériques ? En la matière, l’éducation est capitale. Nous pouvons aussi être amenés à former des cadres dirigeants d’entreprise avec la participation de nos apprenant€s en tant que formateurs(trices). Ensuite, la formation professionnelle, notamment grâce à des accords avec Pôle Emploi. L’essaimage, ensuite. Nous travaillons en franchise et sommes rémunérés pour l’apport de notre assistance et notre expertise. Enfin, nous avons des financements publics et une fondation pour travailler sur des projets expérimentaux. Avec Total et Accenture, par exemple, nous venons de faire un travail pour former des réfugiés, avec une première promotion de 15 personnes.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Erwan Kezzar : Il y a encore du travail ! Et des nouveaux métiers en tension, sources d’opportunités. Nous avons ainsi créé une nouvelle formation de technicien assistance utilisateur, avec 90% de retour à l’emploi à la sortie, et sommes en train de mettre en place de nouvelles formations sur les métiers des « data » et de la donnée.

Propos recueillis par Jean-François FILLIATRE
Chroniqueur BFM Business.