Vous êtes financeur solidaire depuis bientôt trente ans. S’agit-il de pallier les insuffisances du système bancaire ?

France Active a été créé en 1988 pour favoriser la création d’emploi pour les personnes éloignées du monde du travail, mais aussi pour favoriser la création d’entreprise par des personnes en difficulté. La grande idée de Claude Alphandéry, le fondateur, a été de ne pas se substituer aux banques mais de faire avec elles…

De quels outils financiers disposez-vous pour y parvenir ?

La société de garantie France Active, d’abord. Elle permet de rassurer les banquiers sur la bonne fin des crédits accordés à des entreprises solidaires. Ensuite, France Active Financement. Cette structure assure la gestion les prêts Nacre, ces crédits à taux zéro destinés à aider les demandeurs d’emplois désireux de créer une entreprise. Enfin, et cela concerne plus les épargnants solidaires, il y a la société d’investissement de France active (SIFA). Financée grâce aux fonds solidaires, elle est amenée à prêter de l’argent ou à prendre des parts dans des entreprises solidaires.

Comment s’effectue le choix des dossiers ?

Il relève de la responsabilité de nos fonds territoriaux. L’idée est de financer des projets économiquement viables. Nous nous livrons à un travail d’accompagnement des entreprises, en création ou en phase de développement. A la clef, une analyse des perspectives et l’établissement d’un plan de financement. Une fois cette étape franchie, nous mettons à disposition des financements solidaire et nous montons un tour de table notamment avec les banquiers. Notre participation est adaptée en fonction du besoin : garantie, prêt ou prise de capital et, dans certains cas, des primes. Nous recherchons en permanence l’intérêt de l’entrepreneur.

La Sifa, l’outil de financement irrigué par l’épargne solidaire, a investi 21 millions d’euros en 2015. Quel est le profil des sociétés financées ?

Très varié. Depuis quelques années, on est environ à un tiers des financements alloués à des créations d’entreprises solidaires, sur des sujets d’avenir comme l’énergie renouvelable, le numérique, le collaboratif. Mais aussi sur des secteurs plus traditionnels de l’économie sociale et solidaire, comme les entreprises d’insertion, les coopératives…

Quel est le taux d’échec ?

Parlons plutôt de taux de pérennité ! Les entreprises accompagnées et financées par France Active ont 4 chances sur 5 de passer le cap fatidique des trois ans. Avec des écarts importants selon les dossiers. Les reprises d’entreprise par les salariés, par exemple, sont souvent difficiles.

Un exemple de réinsertion réussie ?

Ce sera un contre-exemple de mon propos précédent ! Preuve qu’il ne faut jamais tirer de règle générale… Hier détenu par des fonds privés, le Groupe Chapitre avait déposé son bilan. On a travaillé sur la reprise de librairies indépendantes par les salariés sous forme de coopératives. Aujourd’hui, à Clermont Ferrand, la librairie compte 40 salariés. C’est une des plus grandes librairies indépendantes de France.

Les souscripteurs d’Insertions Emplois Dynamique investissent dans la Sifa. Ont-ils un espoir de rendement sur cette partie de leurs investissements ?

Le rendement social est incomparable : création d’emplois, dynamisation du lien social, transition énergétique… Côté financier, l’argent confié par les fonds est restitué.

Propos recueillis par Jean-François FILLIATRE
Chroniqueur BFM Business.