Sauver le monde, telle serait l’ambition ultime ! Mais à court terme, de façon plus pragmatique, l’objectif de l’investissement responsable se limitera à tenter d’influencer l’économie positivement. A travers le monde, deux approches cohabitent. L’une très anglo-saxonne, encourage l’exclusion. L’autre, plus européenne, met en avant les bonnes pratiques. Ironie du jargon, elle est affublée d’une dénomination anglaise : « best in class ». Le meilleur de la bande…

Fin 2015, l’Autorité des Marchés financiers a jeté un pavé dans la mare. En étudiant les produits commercialisés sous le label ISR, le gendarme de la Bourse a regretté l’hétérogénéité des offres et la très faible transparence des gestions revendiquées comme telle. Signataire des principes de l’investissement responsable des Nations Unies depuis avril 2009, la MAIF met en avant son approche en la matière. Pour connaître les pratiques réelles au-delà des principes, nous avons rencontré Alexandra Bestel, analyste ISR.

L’actualité de la fin 2015 a été marquée par le scandale Volkswagen. Aviez-vous investi sur des titres émis par la société ?

Alexandra Bestel : Oui, nous détenions des emprunts émis par ce constructeur. Même si nous travaillons avec l’appui de Vigeo, une agence de notation externe, nous n’avions pas anticipé la fraude ! Une fois les premières informations publiées et au vu des réponses fournies par la direction Volkswagen, nous avons très rapidement jugé que le problème était grave. L’ensemble de nos titres ont donc été vendus pour sanctionner le constructeur et respecter nos principes.

La MAIF investit principalement sur des obligations. Achetez-vous massivement des green bonds, très à la mode sur les marchés ?

Alexandra Bestel : Les green bonds, ce sont des obligations émises pour financer un projet à vocation verte. Comme en plus de Vigeo, nous recourons à une analyse interne, nous savons que tous les projets de green bonds ne se valent pas. Et qu’ils correspondent parfois à une simple étiquette marketing. Nous sommes donc très sélectifs. Fin 2015, nous avons souscrit une obligation de la Ville de Paris, destinée à financer le développement de réseau de transport urbain du Grand Paris.

 

Continuons sur l’environnement. Le secteur le plus émetteur de CO2 est le logement. Comment être responsable en la matière ?

Alexandra Bestel : Nos acquisitions en immobilier privilégient aujourd’hui les immeubles respectant les normes environnementales, BBC pour Bâtiment Basse Consommation ou HQE, pour haute qualité énergétique. Economiquement, nous y trouvons aussi un avantage : ils sont plus modernes et se louent plus facilement que les immeubles anciens. Preuve qu’il ne faut pas opposer responsabilité et rentabilité.

 

En travaillant avec Vigeo, vous adoptez les principes du « best in class ». Etes-vous dans l’exclusion sur certains secteurs ?

Alexandra Bestel : D’une manière générale, nous pensons effectivement que personne n’est blanc comme neige et adoptons une approche relative pour encourager les meilleures pratiques ou les meilleures évolutions. En revanche, sur l’armement, c’est niet quoiqu’il arrive. Exit donc les titres Safran ou encore Airbus.

 

Quelles est votre position vis-à-vis des pays où la peine de mort n’a pas été abolie ?

Alexandra Bestel : Là aussi, nous avons adopté une règle d’exclusion. Tel est notamment le cas sur les Etats-Unis. Nous n’avons pas, non plus, de titres japonais. Là-bas, aucune exécution n’a eu lieu depuis longtemps, mais la peine de mort n’est pas abolie dans les textes. Pour d’autres raisons, liées à la corruption, la sécurité ou le développement humain, nous sommes aussi absent des emprunts d’Etat grecs, mexicain…

Propos recueillis par Jean-François Filliatre