Voilà près de vingt ans que vous travaillez dans la finance. Avez-vous toujours eu une approche socialement responsable ?

Fabien Léonhardt : Non. J’ai commencé ma carrière comme analyste financier avant de passer à la gestion de fonds diversifiés. Après, je me suis spécialisé dans les actions. Le recours aux approches socialement responsables (ISR) est arrivé ensuite. Il m’est arrivé de piloter des portefeuilles classiques et des fonds ISR au point d’avoir le sentiment d’être totalement schizophrène… Aujourd’hui, je me consacre exclusivement à Insertions Emplois Dynamique.

En quoi Insertions Emplois Dynamique est-il solidaire ?

Fabien Léonhardt : Déjà, comme pour tous les fonds solidaires, 5 à 10 % de l’encours est investi dans des placements solidaires. Sur cette « poche », nous combinons deux approches. D’un côté, nous finançons en direct des entreprises solidaires en leur prêtant de l’argent. Aujourd’hui, cela représente environ 8 millions d’euros. De l’autre, nous achetons des actions de la Sifa, la société d’investissement de France Active, et lui déléguons de fait la responsabilité d’irriguer l’économie solidaire.

Quel est le rendement de cette « poche » solidaire ?

Fabien Léonhardt : L’impact social de ces investissements, avec un objectif marqué vers l’emploi, est bien plus important que le rendement financier attendu. Sur la partie gérée en direct, nous sélectionnons les projets avec rigueur, grâce au soutien de France Active. Le taux de non-remboursement des prêts accordés varie selon les périodes, mais il reste très mesuré. Les prêts accordés ont donc vocation à être remboursés. Quant à nos actions Sifa, elles ont vocation à être revalorisées. Leur dernière revalorisation : 0,53 %.

A côté de la « poche » solidaire, le portefeuille d’Insertions Emplois Dynamique est investi en actions. Pourquoi avoir fait évoluer, en 2015, la méthode de sélection des titres ?

Fabien Léonhardt : La « poche » actions d’Insertions Emplois Dynamique a toujours été pilotée de manière socialement responsable. Pour entrer dans le portefeuille, une société cotée doit présenter des caractéristiques financières intéressantes et avoir un comportement social  et environnemental de qualité. Qu’un de ces deux critères ne soit pas valable et la porte du portefeuille d’Insertions Emplois se ferme immédiatement. Depuis 2015, nous avons décidé de nous focaliser plus encore sur la création d’emplois dans l’Hexagone. Pour être éligible, il faut avoir de l’emploi en France et le développer.

Combien de sociétés passent votre filtre « créateur d’emploi » ?

Fabien Léonhardt : La majorité du portefeuille est investie sur des valeurs françaises et européennes. Potentiellement, il y a plus de 800 sociétés suivies. A ce jour, seules 210 sont jugées par Mirova comme potentiellement créatrices d’emploi. Si l’on applique ensuite le critère socialement responsable, on tombe à 170. Ryanair, par exemple, crée de l’emploi mais leur modèle social ne nous convient pas. Au final, le portefeuille est concentré sur une petite cinquantaine de titres.

Pourquoi avoir aussi ouvert l’univers d’investissement à des sociétés étrangères ?

Fabien Léonhardt : Parce que l’emploi en France n’est pas seulement le fait de sociétés hexagonales. Spécialiste des fibres de carbone, Hexcel Corporation est un bon exemple. Un avion en fibres de carbone est plus léger qu’un avion en acier. Donc moins de kérosène consommé. Atout environnemental. De surcroît, cet américain se développe en France avec, par exemple, 120 nouveaux salariés sur son site de Roussillon en Isère pour se rapprocher et fournir Airbus, l’un de ses clients.

Une telle approche doit générer des biais dans le portefeuille d’Insertions Emplois Dynamique ?

Fabien Léonhardt : Tout à fait. Oubliées énergies fossiles, télécommunications et financières. Très prisées, en revanche, santé, technologie et consommation. Le portefeuille est le reflet de la France telle qu’elle est, de ses succès. En témoignent les principales lignes du portefeuille : l’Oréal, Cap Gemini, LVHM, Vinci…

A la rentrée, il a beaucoup été question de l’usine Alstom de Belfort. Ne pourrait-on pas vous reprocher d’oublier l’industrie ?

Fabien Léonhardt : Nous avons parfaitement conscience de cette situation, car l’industrie hexagonale n’est pas sur une bonne dynamique. Soyez toutefois rassurés : il existe de belles entreprises industrielles avec une réelle dynamique. A titre d’exemple, Insertions Emplois Dynamique est investi sur Lisi, une PME spécialisée dans l’assemblage dans l’aéronautique, l’automobile et la santé.

Au final, l’objectif de ce fonds est d’accompagner les entrepreneurs sociaux grâce à sa « poche » solidaire tout en cherchant à obtenir la performance financière à travers la « poche » actions cotées tournée vers des  investissements au capital d’entreprises développant l’emploi en France.

Propos recueillis par Jean-François FILLIATRE
Chroniqueur BFM Business.