Pourquoi avoir créé Recyc Matelas Europe ?

Franck Berrebi : L’idée est née d’un constat : des dépôts sauvages tout autour de Paris avec d’innombrables matelas usagés… Pas franchement écolo ! Pourtant 90 % d’un matelas, composé principalement de métal et de textile, est potentiellement recyclable. Recyc Matelas Europe a vu le jour en 2010. Notre intuition a ensuite été portée par la réglementation. Avec la responsabilité élargie des producteurs d’ameublement en 2012, une filière économique s’est développée.

Vous êtes considéré comme entreprise solidaire. Pourquoi ?

Franck Berrebi : Déjà, d’un point de vue environnemental, mieux vaut valoriser les déchets que les enfouir. Nous sommes aussi une entreprise d’insertion. Nous affectons nos postes à des personnes très éloignées de l’emploi. Chez nous, elles ont un parcours afin de les rendre polyvalentes. Nous organisons aussi des formations extérieures. Au bout de 24 mois, l’idée est de leur permettre de voler de leurs propres ailes. A date, nous avons environ 70 % de sorties positives.

Quels sont les besoins de financements de Recyc Matelas Europe ?

Franck Berrebi : Importants car nous avons mis au point un processus automatisé de démantèlement des matelas. De surcroît, nous avons souhaité développer de nouveaux sites. Aujourd’hui, nous en avons trois en France et un à l’étranger. Or, un nouveau site, c’est environ 1 million d’euros d’investissement. L’épargne solidaire nous a financés, tout comme d’ailleurs les banquiers traditionnels.

Comment se porte votre business ?

Franck Berrebi : La question se pose effectivement, car nous sommes une entreprise comme les autres. Ou presque, vu notre dimension sociale.  En pratique, nous réalisons 2,5 millions de chiffres d’affaires. Notre activité a été pénalisée par la forte baisse du prix des matières premières en 2015. Partant de ce constat, nous avons fait évoluer notre offre afin d’accroître nos marges. Ainsi, nous ne nous limitons plus à la vente de matières recyclées brutes, mais de produits finis. Par exemple de banquettes, de coussins, de plaques isolantes. Cela devrait permettre à l’entreprise de retrouver la profitabilité en 2016.

Propos recueillis par Jean-François FILLIATRE
Chroniqueur BFM Business.