Ce que les banques font de nos dépôts

A première vue, la médaille n’a que deux faces. D’un côté, les banques recueillent des dépôts apportés par les ménages, les associations ou les entreprises. De l’autre, elle accorde des prêts. La réalité est toutefois plus complexe, car le bilan d’une banque ne se limite pas aux relations avec sa clientèle. Il inclut aussi des opérations interbancaires – car les établissements se prêtent entre eux – sans oublier des opérations sur les marchés. Les banques empruntent à des investisseurs et achètent des titres, principalement des emprunts d’Etats. Fait notable : cette seconde partie pèse de plus en plus. En 1980, les dépôts représentaient 73 % du bilan des banques, contre seulement 30 % en 2013.

Justement, à quoi servent nos dépôts ? Dans la majorité des cas, il n’est pas possible de le savoir. La banque peut les utiliser pour prêter à d’autres clients, à d’autres banques ou à acheter des titres. Tout en veillant à respecter les ratios prudentiels imposés par le régulateur. Seule exception : le Livret A et son petit cousin, le Livret de Développement Durable. Environ 60 % des encours sont centralisés à la Caisse des dépôts. Avec pour mission de financer à long terme non seulement le logement social, mais aussi des infrastructures et les collectivités locales. Mais l’encours du Livret A excédant historiquement la demande de prêts, une partie de cette épargne est aussi investie en obligations sur les marchés financiers…

L’étude des statistiques de la Banque de France pourrait toutefois donner du travail à Sherlock Holmes. En juillet 2015, 1 463 milliards d’euros étaient déposés sur des comptes courants, Livret A et autres plans d’épargne logement. Dans le même temps, 1 036 milliards étaient prêtés à des particuliers, avec plus de 80 % du total en prêts immobiliers, et 862 à des sociétés non financières. Traduction pratique : il y a plus de crédits que de dépôts… Et ce n’est pas exceptionnel.

Incroyable mais vrai, il est possible de prêter de l’argent qui n’existe pas. La création monétaire n’est plus l’apanage des banques centrales, en faisant tourner la planche à billets. Une banque commerciale peut, sous conditions, créer de l’argent. En pratique, elle inscrit le crédit d’un côté de son bilan et de l’autre, il crédite le compte de son client. Puis cet argent disparaitra au fur et à mesure des remboursements. Elémentaire, non ?