En trente ans, l’assurance vie a pris une place à part dans le patrimoine des ménages. A ce jour, à elle seule, elle pèse près du tiers du total. La raison de ce succès ? Une fiscalité attractive, une souplesse d’utilisation avec des versements et des retraits libres, sans oublier une garantie en capital pour son support phare, le fonds en euros. Dernier élément capital pour ce chouchou des épargnants : un environnement économique longtemps des plus favorables, marqué notamment par les politiques de désinflation entamées il y a quatre décennies.

Avec l’argent collecté, assureurs et mutuelles achetaient en effet des obligations servant des taux élevés sur de longues durées. Pendant ce temps, avec la baisse de l’inflation, les rendements refluaient sur les marchés. Le rêve ! Les fonds en euros parvenaient alors à concilier l’inconciliable : offrir des bons rendements avec une totale sécurité.

Les épargnants plébiscitent les dépôts à vue non rémunérés

Mais le problème avec les rêves, c’est que l’heure du réveil vient toujours. A un moment ou à un autre, les obligations bien rémunérées finissent par arriver à échéance. Il faut donc en acheter d’autres moins rentables… Ainsi s’enclenche la baisse des rendements du fonds en euros. En moyenne, la barre des 6 % sera franchie en 1995, les 5% en 2002, les 4 % en 2009, les 3 % en 2012 et les 2 % en 2016.

Les épargnants ont mal réagi à ce retour à la réalité. Au point d’enclencher une grève de l’épargne : depuis quelques années, leur placement préféré n’est plus l’assurance vie ou le Livret A. Mais les dépôts à vue non rémunérés !  Bref, peu attirés par les rentabilités offertes, ils préfèrent ne rien faire que de placer leur argent. Sans se rendre compte qu’en agissant ainsi, ils s’appauvrissent assurément du montant de l’inflation. Soit environ 1 % par an…

Retour à l’école de la gestion patrimoniale

Alors que faire ? Déjà s’interroger sur l’évolution future du fonds en euros. Si toute tendance a une fin, la baisse des taux de rendements n’est-elle pas proche ? Et le rebond prochain ? Soyons francs : si le recul finira bien par ralentir – en moyenne, il n’aurait été que de 10 centimes en 2017 selon la Fédération Française de l’assurance, un rebond durable est bien loin. Surtout s’il s’agit de retrouver les 3 %, niveau où les épargnants ont commencé à rechigner…

Après le rêve, il est donc grand temps de revenir aux fondamentaux de la gestion de patrimoine. Et de rappeler deux règles de base :

  • Un, il convient d’avoir une épargne de précaution pour faire face à d’éventuels coups durs.
  • Deux, le solde de son épargne peut être investi à plus longue échéance en accordant une part à chacun des éléments que le fonds en euros est parvenu pendant trente ans à concilier : la sécurité et la performance. Selon la méthodologie de Marchés Gagnants, un équilibre 75 % fonds en euros / 25 % actions correspond à une prise de risque identique à celle du marché immobilier. Donc, acceptable par le plus grand nombre.

Des solutions pour tous

Comment mettre en œuvre une telle stratégie ? Tout dépend de l’expertise de l’épargnant… L’averti pourra, lui-même, faire son marché dans les unités de compte tandis que le néophyte déléguera la gestion à un professionnel, via un profil sur un contrat multisupport.

Quid du souscripteur d’un vieux contrat monosupport en euros, où il n’existe qu’un seul support sans risque et donc, de moins en moins rentable ? Lui invoquera l’amendement Fourgous pour troquer son vieux produit contre un multisupport moderne. Le tout sans perte de son antériorité fiscale.  Pour tous, il n’y a donc pas de fatalité à la baisse des rendements des fonds en euros.

Jean-François Filliatre
Directeur éditorial Marchés Gagnants.
Chroniqueur BFM Business