Hier, 2 et 2 faisaient assurément 4. Aujourd’hui, rien ne dit que le résultat de cette addition n’égale pas 3,9 !

Hier, les banques centrales utilisaient l’arme des taux d’intérêt pour réguler l’activité économique et l’inflation : à la hausse pour la ralentir, à la baisse pour l’accélérer. Aujourd’hui, elles ont abandonné les outils ordinaires pour passer aux méthodes non conventionnelles. La Banque centrale européenne (BCE) en tête ! Elle a instauré, en juin 2014, un taux de dépôt négatif  avant de le baisser deux fois encore par la suite. Avec des conséquences importantes pour les épargnants.

Avoir de l’argent coûte au lieu de rapporter

Explication : les particuliers déposent leur argent dans des banques et les banques déposent « leurs » liquidités à la BCE ! Avec un taux d’intérêt négatif, la BCE ne rémunère pas ces sommes comme auparavant ; elle les taxe, histoire d’inciter les banquiers à les utiliser soit en les prêtant à l’économie, soit en les investissant sur les marchés. Avec deux conséquences à la clef. D’abord, les banques, incapables de répercuter cette charge sur leurs clients particuliers, mettent en place ou accroissent les frais de tenue de compte. D’autre part, les établissements bancaires achètent massivement des emprunts d’Etat, jugés les plus sûrs de tous, poussant leur taux vers le bas.  Et la BCE, de son côté, fait de même – théoriquement jusqu’en mars 2017 – dans le cadre de son « quantitative easing ». , sur les emprunts d’Etat Français, les taux sont négatifs jusqu’à 6 ans.

Le pourquoi de cet activisme monétaire ?

La crainte d’une maladie économique : la déflation. A priori, les consommateurs auraient de quoi se frotter les mains à la perspective de la baisse des prix. Ils auraient l’opportunité d’acheter moins cher demain leur voiture et leur électroménager.
Mais si le fabriquant pense qu’il ne va pas vendre son produit de suite, à quoi bon le fabriquer ? S’installe alors un cercle vicieux : pas de consommation, donc pas de production, donc pas de salaires, donc pas de pouvoir d’achat, donc pas de consommation, pas de production…

Les placements garantis touchés de plein fouet

La baisse des taux d’intérêt a un effet sur tous les placements garantis. Stars des années 90, les SICAV monétaires affichent une performance désormais proche de zéro.

Le fonds en euros de l’assurance vie va, de son côté poursuivre, son déclin. Car assureurs et mutuelles sont contraints de placer la collecte nouvelle – ainsi que les anciennes obligations détenues dans leur portefeuille  – à des taux dérisoires.

De surcroît, les pouvoirs publics poussent les assureurs à mettre la pédale douce sur les rendements servis. Avec désormais, une arme dissuasive. La loi Sapin 2, votée fin 2016, permet au Haut Conseil de Stabilité Financière de modifier les règles d’attribution des bénéfices…

Les stratégies les plus intéressantes à suivre

Inutile d’espérer la fin de cette répression financière à court terme. Car face à la crainte de déflation, les banquiers se trouvent bien démunis. A vrai dire, ils ne sont pas sûrs de pouvoir soigner cette maladie. Le Japon vit ainsi dans une léthargie déflationniste depuis le début des années 1990.

Par ailleurs, après des injections massives de liquidités, l’économie s’accoutume à cette drogue monétaire et, en cas de changement de cap, se contraint à un lent sevrage. La Réserve Fédérale américaine a ainsi mis huit ans avant de relever ses taux, en décembre dernier. Les rendements devraient donc rester très faibles longtemps en Europe.

Face à ce constat, deux stratégies peuvent être privilégiées. Un, s’intéresser à autre chose qu’au rendement financier de son épargne. C’est toute la logique de l’épargne solidaire. Deux, diversifier une partie de ses investissements vers des placement risqués pour accroître son espérance de gain.

Jean-François Filliatre
Chroniqueur BFM Business