Objectif : de revenus à terme

Monsieur de la Palice n’aurait pas dit mieux : pour se constituer des revenus complémentaires, il faut commencer par mettre de l’argent de côté. De préférence de manière régulière, histoire de limiter l’effort. L’acquisition d’un bien immobilier locatif ou de parts de sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) correspond à cette logique.

Variable selon la conjoncture, l’effort d’épargne est d’autant plus limité que les taux d’emprunt sont faibles et les rendements de l’immobilier élevés. Une fois le crédit remboursé, l’aventure se poursuit par la perception des revenus complémentaires.

Le besoin d’épargne s’accroît avec la baisse des taux

Habituelle en immobilier, cette stratégie de versements réguliers peut être mise en œuvre sur des placements financiers. Là encore, l’effort d’épargne dépendra de l’environnement. Pour obtenir 100 000 euros de capital, il convient d’investir annuellement 4 634 euros pendant quinze ans sur un placement rémunéré à 5 %.  L’addition monte à 5 377 euros avec un rendement de 3 % et flambe à 6 212 euros avec une performance annuelle de seulement 1%. Naturellement, ces montants sont revus à la hausse si la durée de placement est plus courte.

Bref, la baisse des taux de rendement depuis une trentaine d’années et le faible niveau anticipé des taux pour les années à venir a pour effet de contraindre l’écureuil à mettre de côté plus de noisettes ou… à prendre plus de risques.

Le PEA prévoit une sortie en rente viagère

Parmi les six grandes familles de placements, les solutions à long terme seront naturellement privilégiées : en particulier les marchés financiers, via le plan d’épargne en actions (PEA), ou l’assurance vie.

Le PEA a un atout de taille si le besoin d’argent régulier est définitif. Huit ans après la souscription, la sortie en rente viagère est exonérée d’impôt sur le revenu ; elle subit les taxes sociales (15,5 % en 2016 et 2017) sur une partie seulement de son montant, variable selon l’âge de l’épargnant lors de la demande de rente. En revanche, le capital est définitivement remis à l’assureur, à charge pour lui de payer des revenus au rentier jusqu’à la fin de ses jours. Et même s’il finit plus que centenaire. Mais pas question de penser transmission …

Le PERP, l’autre solution retraite

Le Plan d’Epargne Retraite Populaire (PERP) fonctionne sur une logique similaire. Sauf que la rente viagère est la règle, et non une option. LE PERP a toutefois été assoupli avec la possibilité de sortir en capital à hauteur de 20 %.

Fiscalement, le PERP est toutefois à l’opposé du PEA. Les versements sont déductibles du revenu imposable du contribuable, permettant pour les contribuables soumis à l’impôt de minorer leur addition. En revanche, la rente viagère perçue au terme sera taxable au même titre que la retraite perçue par le contribuable.

Enfin, d’un point de vue financier, le PERP ressemble à s’y méprendre à une assurance vie : il est possible d’investir sur le fonds en euros et de diversifier ses actifs sur des unités de compte.

L’assurance-vie plus souple

L’assurance-vie traditionnelle, elle, a l’atout de la souplesse sauf mise en œuvre par les pouvoirs publics d’un blocage des contrats en cas de crise majeure. Besoin d’argent ponctuel pendant quelques années seulement ? Au placard la rente viagère, il est plus adapté de faire de simples rachats partiels sur le contrat.

La fiscalité est avantageuse : huit ans après la souscription, les gains retirés sont seulement soumis à une taxe de 7,5 %, applicable après un abattement sur les intérêts de 4 600 euros pour un célibataire et 9 200 euros pour un couple. En pratique, les retraits effectués peuvent être bien supérieurs : ils se composent toujours d’une partie de capital et d’une partie d’intérêts. Rapide exemple : si au bout de 15 ans, le capital s’établit à 100 000 euros grâce à des versements annuels de 5 377 euros rémunérés à 3 %, la part des intérêts se limite à seulement 20 %. Pour 10 000 euros retirés, la base taxable se limite donc à 2 000 euros. Nettement moins que l’abattement !

En cas de besoin définitif, l’épargnant pourra opter pour une rente viagère sur la base du capital constitué. Avec une fiscalité plus ou moins importante selon son âge lors de sa décision.

Jean-François Filliatre
Chroniqueur BFM Business