La réforme des retraites va se mettre en place plus vite que prévu. Dans son discours prononcé à l’occasion du 42ème congrès de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) organisé le 13 juin 2018 à Montpellier, Emmanuel Macron a déclaré que la loi réformant le système français des retraites sera adoptée au 1er semestre 2019, soit au plus tard fin juin de l’année prochaine.

Or, Jean-Paul Delevoye, le Haut-commissaire à la réforme des retraites, parlait jusqu’ici d’un début d’examen du texte au Parlement pour juillet 2019. Ce qui signifiait, compte tenu des vacances parlementaires et des lectures successives à l’Assemblée nationale et au Sénat, un vote définitif au mieux pour fin 2019. En d’autres termes, Emmanuel Macron a avancé de six mois l’adoption de la prochaine réforme des retraites.

Positions paritaires connues

Le chef de l’Etat a peut-être jugé qu’il n’y avait pas besoin d’un troisième round de concertation avec les partenaires sociaux. Après les rencontres bilatérales organisées d’avril à juillet entre le Haut-commissariat à la réforme des retraites (HCRR) et les représentants du patronat (Medef, CPME, U2P, FNSEA) et des principaux syndicats de salariés (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa), une autre séquence était prévue de septembre à novembre. Puis, après la présentation d’un texte socle par Jean-Paul Delevoye en décembre, les discussions devaient reprendre de janvier à juin 2019.

Emmanuel Macron a, semble-t-il, estimé que cette troisième partie était inutile. Les positions des partenaires sociaux au sujet de la future réforme sont connues et ne devraient, il est vrai, guère bouger dans le temps. Depuis le départ, certains syndicats sont opposés au principe, exposé par Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle, qu’« un euro cotisé donne les mêmes droits à la retraite quel que soit le statut professionnel » et qui devrait entraîner la suppression des régimes dits « spéciaux », comme ceux de la SNCF ou de la RATP, qui disposent de leurs propres règles.

Risque de carambolage avec la loi dépendance

Toutefois, la vraie explication pourrait peut-être relever de considérations simplement pratiques. Toujours dans son allocution au congrès de la FNMF, Emmanuel Macron a annoncé, contre toutes attentes, l’instauration d’une cinquième branche au sein du régime général de la Sécurité sociale (à côté de l’assurance-maladie, des allocations familiales, de l’assurance vieillesse, des accidents du travail et maladies professionnelles) consacrée à la prise en charge de la perte d’autonomie chez les personnes âgées.

La création de ce « cinquième risque », promis par Nicolas Sarkozy, puis François Hollande, nécessite une loi. Celle-ci devrait être votée fin 2019, a assuré Emmanuel Macron. Pour éviter le risque de carambolage avec la future loi dépendance, le vote de la réforme des retraites a donc été avancé.